Vidéosurveillance dans un bar ou restaurant : réglementation RGPD
Installer des caméras de surveillance dans votre bar ou restaurant peut sembler simple, mais c’est une démarche très encadrée. Entre l’autorisation préfectorale, le respect du RGPD et l’information des personnes filmées, voici tout ce qu’il faut savoir.
Le principe : interdiction et protection de la vie privée
Le cadre légal
Par principe, les dispositifs de vidéosurveillance sont interdits car ils portent atteinte au droit à l’image et à la vie privée, protégés par :
- L’article 9 du Code civil
- L’article 226-1 du Code pénal
L’exception pour les lieux ouverts au public
Le décret n°96-926 du 17 octobre 1996 autorise la vidéosurveillance dans les lieux ouverts au public, sous conditions strictes.
L’autorisation préfectorale
Obligatoire pour les lieux ouverts au public
Tout établissement souhaitant installer un système de vidéosurveillance doit obtenir une autorisation du préfet.
La procédure
- Remplir le formulaire Cerfa n°13806*01
- Joindre les pièces requises :
- Plan de masse des locaux
- Rapport de présentation du dispositif
- Attestation de conformité aux normes techniques
- Déposer le dossier en préfecture
- Attendre l’autorisation (délai variable)
Validité et renouvellement
- L’autorisation est valable 5 ans
- Toute modification du dispositif nécessite une nouvelle autorisation
- Le renouvellement doit être demandé avant expiration
Les sanctions en cas de non-respect
Sanctions pénales lourdes
L’installation de caméras sans autorisation est passible de :
- 3 ans de prison
- 45 000 euros d’amende
Autres risques
- Retrait forcé des caméras
- Nullité des enregistrements comme preuves
- Plaintes des personnes filmées
L’obligation d’information
Affichage obligatoire
Le décret de 1996 impose d’informer les personnes filmées par une affiche visible dans l’établissement.
Contenu de l’affiche
L’affiche doit mentionner :
- L’existence du dispositif de vidéosurveillance
- Le nom du responsable
- Les modalités d’exercice du droit d’accès aux images
Modèle d’affiche
ÉTABLISSEMENT SOUS VIDÉOSURVEILLANCE
Ce local est équipé d’un système de vidéosurveillance autorisé par arrêté préfectoral n°[numéro].
Pour exercer votre droit d’accès aux images, contactez : [nom et coordonnées du responsable]
Le RGPD et la vidéosurveillance
Le Règlement Général sur la Protection des Données
Depuis le 25 mai 2018, le RGPD renforce les obligations en matière de données personnelles, y compris les images de vidéosurveillance.
Le registre des traitements
Vous devez tenir un registre de traitement des données personnelles recensant :
- Les différents traitements de données (dont la vidéosurveillance)
- Les catégories de données collectées
- Les objectifs poursuivis
- Les acteurs qui traitent ces données
Le consentement et l’information
Les personnes filmées doivent être :
- Informées de l’existence du dispositif (affichage)
- Capables de s’opposer au traitement dans certains cas
La charge de la preuve de l’information incombe au responsable du traitement (vous).
La conservation des images
Durée maximale
Les images de vidéosurveillance ne peuvent être conservées plus de 1 mois.
Au-delà, les images doivent être automatiquement effacées, sauf si elles sont nécessaires à une procédure judiciaire.
Exceptions
- Procédure en cours : conservation jusqu’à la fin de la procédure
- Réquisition judiciaire : conservation selon les directives
Qui peut visionner les images ?
Personnes habilitées
Seules les personnes expressément habilitées peuvent accéder aux images :
- Le responsable du dispositif
- Les personnes désignées par écrit
- Les forces de l’ordre en cas de réquisition
Interdictions
Il est interdit de :
- Diffuser les images publiquement
- Les partager sur les réseaux sociaux
- Les utiliser à des fins non prévues
Le droit d’accès
Pour les personnes filmées
Toute personne filmée a le droit de :
- Savoir si elle a été filmée
- Accéder aux images la concernant
- Demander une copie (sous conditions)
Procédure
- La personne fait une demande écrite au responsable
- Le responsable vérifie l’identité du demandeur
- Les images sont consultées sur place ou une copie est fournie
- Les tiers présents sur les images doivent être floutés
Cas particuliers
Surveillance des salariés
Si les caméras filment les zones de travail des salariés :
- Information préalable des salariés obligatoire
- Information du CSE (si existant)
- Pas de surveillance permanente des postes de travail
Caméras factices
Même une caméra factice doit être déclarée et un affichage mis en place, car elle crée l’apparence d’une surveillance.
Caméras connectées à distance
Si vous consultez les images à distance (smartphone, ordinateur), des précautions supplémentaires sont nécessaires :
- Sécurisation des accès
- Mots de passe complexes
- Mise à jour régulière des systèmes
Conseils pratiques
Avant l’installation
- Évaluez votre besoin réel de vidéosurveillance
- Consultez un professionnel agréé
- Constituez votre dossier de demande d’autorisation
- N’installez rien avant d’avoir l’autorisation
Lors de l’installation
- Respectez les zones autorisées (pas de caméras dans les toilettes, vestiaires…)
- Orientez les caméras vers vos locaux, pas vers la voie publique
- Installez l’affichage informatif
En exploitation
- Tenez votre registre RGPD à jour
- Respectez la durée de conservation (1 mois maximum)
- Sécurisez l’accès aux enregistrements
- Répondez aux demandes d’accès dans les délais
Les zones interdites
Certaines zones ne peuvent jamais être filmées :
- Toilettes
- Vestiaires et douches
- Zones privées des salariés
- Locaux syndicaux
Conclusion
La vidéosurveillance est un outil utile pour la sécurité de votre établissement, mais son installation est très encadrée. Le respect des procédures administratives et du RGPD vous protège contre des sanctions lourdes.
La formation au permis d’exploitation vous sensibilise à ces obligations et vous aide à mettre en place un dispositif conforme.